








Une forge, un marteau et une enclume. Les outils du ferronnier d’art semblent
rudimentaires mais ne devient pas ferronnier d’art qui veut. Déjà au temps
de ses études de dessinateur industriel, il mûrissait le secret espoir de devenir
artiste et d’en vivre. Il avait en lui le désir immense de façonner l’espace. C’est
aujourd’hui chose faite, puisque ses sphères en inox, poussent aux quatre coins
de Wallonie.
Heureux cheminement que le parcours de ce
sculpteur, né à Seraing en 1949, d’abord passionné
d’architecture et de photographie. André Louis,
a ancré ses racines d’artiste à l’adolescence en
travaillant d’abord dans la ferronnerie familiale de
Victor Louis, une maison fondée dans les années
trente. Aujourd’hui, il crée des sculptures élégantes
en inox brossé en explorant le langage pur de la
géométrie.
Premier lauréat du concours organisé par le Rotary
International dans le cadre de son centième anniversaire,
il commémore l’union et la solidarité de
ce mouvement par la réalisation d’une sphère en
inox qui accueillera les milliers d’automobilistes qui
enjambent la Meuse chaque jour sur l’autoroute à
Herstal.
Il n’y a pas de doute, ce travail est caractérisé par
une étude de lignes soigneusement équilibrées. Il modèle l’acier, lui donne souplesse et lumière
et la vie semble couler de ses créations tubulaires mais, derrière ce travail de grande précision,
on constate son goût particulier pour le monumental.
C’est la Ville de Seraing qui le remarque en l’an 2000 pour le passage du millénaire. Depuis lors,
ses créations intègrent rapidement de nouveaux aménagements urbains. Il rénovera également
de nombreux bronzes du XIXe siècle de l’Hôtel de Ville et du château de John Cockerill.
En quelques années, André Louis a réussi à se faire une belle réputation. Sa manière de travailler
le métal mais surtout l’inox n’est pas passée inaperçue. Et pour cela, il avoue qu’il n’a pas
besoin de grandes campagnes de communication : «C’est toujours pour du «sur-mesure» que l’on
me contacte» conclut-il. Toujours en quête de progression, André Louis, un rien modeste, suit
régulièrement des formations qui valorisent ses connaissances en restauration de ferronnerie
ancienne. Ces rencontres avec des artistes de tous les horizons développent sa créativité et lui
permettent d’évoluer toujours et encore dans son domaine professionnel.
«Ce qui m’intéresse, c’est de voir où sont mes limites, de me confronter à moi-même et de chercher»,
explique-t-il, en avouant qu’il caresse l’espoir de devenir artiste à temps plein.
André Louis sait aussi pouvoir compter sur le soutien sans faille de son épouse Dany Liehrmann,
galeriste de renom, pour l’encourager dans cette démarche: «Mon épouse est une vraie partenaire,
elle pose toujours le premier regard critique sur une réalisation».
Aujourd’hui, pénétrer dans l’atelier, c’est aller à la rencontre d’un homme passionné d’art, dont
l’univers est habité par des mobiles d’acier inoxydable qui nous invitent à la contemplation.
L’atelier d’André Louis s’intègre parfaitement dans le paysage des hauteurs de Seraing. Pas de
construction moderne. L’atelier du ferronnier d’art est situé sous une enseigne discrète rue de la
Colline. Les outils du paternel sont restés en place comme par hommage au père, mais la forge
est toujours utilisée.
Devenu amateur d’art, «amatore», longtemps, il a fréquenté les expositions, en simple observateur
d’abord, pour son plaisir ensuite, apprenant chaque jour un peu plus d’un métier proche de
l’alchimiste. Avec la même soif de découverte, il a pu pénétrer le monde de César, de Berrocal,
de Lorenzo Quinn avec cette émotion partagée entre coeur et raison.
«Le métal vit par la lumière et il nous donne l’impression de bouger. L’inox est en fait une matière à
part entière» me dit-il. «C’est que l’on peut le sculpter, le meuler, lui donner du relief et la lumière
naturelle ou artificielle se chargera de faire vivre ce métal par les différents effets savants que lui
donnera l’artiste» conclut-il. Car, si l’oeuvre touche ostensiblement le visiteur, c’est parce qu’elle
atteint quelque chose de fondamental: la sphère, c’est un peu la fragilité de notre planète…et
du temps qui passe.
Lucien Rama